Table des matières
Résumé détaillé du texte «Comment faire ?»
//Contribution de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Mathilde Panot, Clémence Guetté - début 2026 //
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1. Avant Dire
Contexte et justification du document
- Ce texte est conçu pour présenter une vision interne et réaliste du mouvement La France insoumise, afin de contrer les nombreuses descriptions erronées ou biaisées produites par des personnes extérieures souvent hostiles ou mal informées.
- Une grande part de ce travail a été produit par les acteurs mêmes du mouvement (Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Mathilde Panot, Clémence Guetté, etc.) durant plusieurs années, témoignant d’une volonté d’auto-analyse et de transparence.
- Le mouvement assume un bouleversement complet de ses habitudes organisationnelles, en rupture avec les formes traditionnelles des partis politiques, inspiré par les expériences populaires récentes telles que Nuit Debout ou les Gilets jaunes.
- La forme actuelle du mouvement n’est pas figée, elle est en perpétuelle évolution, consciente qu’elle doit s’adapter aux transformations sociales et techniques contemporaines.
2. Une conception construite
Méthode et identité politique
- Contrairement aux caricatures médiatiques, le mouvement n’est ni un instrument vertical strict ni un agrégat désorganisé, mais le produit d’une réflexion rigoureuse sur ses propres pratiques et leur transformation continue.
- L’auto-interrogation permanente est au cœur de son identité : le mouvement se réinvente en fonction des expériences, refusant tout conservatisme organisationnel.
- Une organisation politique doit refléter la société de son époque, en tenant compte particulièrement du rôle structurant des moyens techniques utilisés (outils numériques, communication digitale).
- Le mouvement s’inscrit délibérément dans une approche dynamique et matérialiste historique, consciente que la forme politique doit correspondre à la réalité sociale actuelle.
3. Première partie : la question posée
La ville comme productrice de politique
- Le contexte matériel et social (notamment urbain) façonne la forme et la dynamique de l’action politique. Par exemple, la concentration urbaine facilite les rencontres, la mobilisation, la diffusion d’idées.
- Des formes historiques comme les barricades, les manifestations de rue ou l’occupation de ronds-points incarnent ce lien entre spatialisation de la politique et action populaire.
- L’espace n’est jamais neutre : c’est une production historique qui conditionne le militantisme et les formes d’organisation.
Naissance d’un nouvel acteur : le peuple
- Le mouvement ne se limite pas à la classe ouvrière traditionnelle mais s’adresse à un « peuple » plus large, composé non seulement des salariés mais aussi des retraités, chômeurs, étudiants, autres catégories dépendantes des réseaux collectifs de la société (eau, électricité, alimentation).
- Ce peuple s’oppose à l’oligarchie qui concentre les richesses et les pouvoirs, remettant en cause la logique capitaliste productive et propriétaire.
- Le peuple est socialement homogénéisé par sa dépendance à ces réseaux mais aussi traversé par des processus complexes de conscience et d’individuation.
- Le mouvement s’inscrit dans la continuité des « révolutions citoyennes » observées depuis la disparition du socialisme soviétique, notamment en Amérique latine.
Impact des moyens techniques sur l’action politique
- L’histoire a montré que l’efficacité et la forme d’une organisation sont indissociables des moyens techniques à sa disposition.
- L’avènement de la sphère numérique mondiale redéfinit complètement la communication politique, avec des effets comparables à l’apparition des agoras antiques ou de la presse révolutionnaire.
- L’utilisation des réseaux sociaux, messageries instantanées, téléphones, plateformes numériques, modifie les rythmes, les espaces et les formes de mobilisation.
- Il est « absurde » de hiérarchiser la légitimité des moyens (ex : moins légitime d’envoyer un SMS que d’envoyer un courrier papier) ; au contraire, la révolution numérique est un levier incontournable de la mobilisation contemporaine.
4. Deuxième partie : les réponses du passé
Histoire du mouvement ouvrier
- Le mouvement ouvrier, véritable matrice historique de la gauche politique, est né avec la révolution industrielle, revendiquant la conscience de classe fondée sur des cadres matériels (grandes usines, habitats ouvriers, syndicats).
- Il a créé une « société dans la société » avec des institutions propres (mutuelles, coopératives, comités d’entreprise), unissant les ouvriers dans un continuum social et politique fort.
- Le mouvement ouvriers reposait sur l’homogénéisation sociale produite par l’industrialisation et le rapport salarié patronal.
- Cependant, ce modèle s’est dégradé : des scissions historiques (ex. congrès de Tours 1920), des bureaucraties, la séparation entre action syndicale et politique, la perte d’une forte identification de classe.
- La forme partisane classique s’est enlisée dans des luttes internes sous forme de courants, factions, stratégies également conditionnées par les moyens techniques d’époque.
- Le « substitutisme » social-démocrate russe illustre ce processus où une avant-garde impose une conscience « de l’extérieur » à la classe, ce qui débouche sur un centralisme rigide et une bureaucratisation.
5. Troisième partie : Le monde a changé de base
Les transformations sociales et économiques
- La fin du XXᵉ siècle marque un effondrement des bases sociales du mouvement ouvrier traditionnel.
- L’éclatement des quartiers ouvriers homogènes en ghettoïsation sociale et ethnique, la multiplication des statuts précaires et la diversification des modes de vie rendent obsolète l’ancien modèle.
- L’individuation accrue, liée notamment à la montée de l’urbanisation, de l’éducation et des droits sociaux, crée un nouvel agencement social fondé sur la singularité mais aussi sur l’interdépendance dans les réseaux collectifs.
- Le modèle politique doit donc s’adapter à ce nouvel agrégat social appelé le peuple, qui s’organise autrement que par la seule identité ouvrière.
Échec des partis traditionnels
- Internationale socialiste, social-démocratie et partis communistes sont entrés en crise, incapables de répondre à ces mutations. Ils ont souvent été rattrapés par la droite, ont perdu leur base populaire et ont déserté leur rôle de porteurs d’une transformation sociale radicale.
6. Quatrième partie : La forme mouvement
Naissance et spécificités du mouvement
- Le mouvement La France insoumise résulte d’une volonté de rupture stratégique et organisationnelle avec la gauche traditionnelle.
- Il s’appuie sur un programme fédérateur, « L’Avenir en commun », qui sert à rabattre la diversité sociale en un bloc politique.
- Il se caractérise par une organisation en mouvement, c’est-à-dire dynamique, décentralisée, associant une large base et privilégiant la flexibilité par rapport à la rigueur structurelle stricte du parti.
- Le mouvement refuse le substitutisme, c’est-à-dire l’idée qu’un parti dirige depuis l’extérieur la conscience et l’action du peuple. Au contraire, il agit avec les populations, en leur donnant des outils d’auto-organisation.
- Le numérique est au centre : la plateforme « Action Populaire » permet l’engagement à différents niveaux, la coordination rapide, la circulation horizontale de l’information et des décisions.
- Le mouvement comprend des milliers de groupes d’action locaux organisés selon des principes de fédération et d’inclusion, fonctionnant sur des modes participatifs et ouverts.
- La forme mouvement est adaptée à l’ère du peuple à l’intersection du numérique, de la société urbaine et des nouvelles conditions sociales.
7. Cinquième partie : l’action et ses moyens
a) Importance des moyens techniques
- Les moyens matériels et techniques ne sont pas de simples accessoires, ils déterminent la forme et le contenu de l’action politique.
- Historiquement, l’action politique s’est toujours adaptée aux outils disponibles : de l’imprimerie à la presse, en passant par le téléphone ou les réunions publiques.
- Aujourd’hui, la révolution numérique bouleverse les rythmes et modalités d’action : la diffusion instantanée, les réseaux sociaux, les plateformes numériques transforment radicalement les interactions militantes.
b) L’onde du message
- L’action se propage comme une onde, partant des membres internes vers la société, par la construction collective des messages et leur diffusion.
- Cette propagation dépend fondamentalement des moyens de communication (messages, convocations, slogans), structurée par une division du travail et une coordination des temps.
c) Évolution des moyens et nouveaux espaces-temps
- L’évolution des moyens techniques a profondément modifié le rapport au temps et à l’espace dans l’organisation politique.
- Les réunions virtuelles accélèrent et rendent plus accessible la participation.
- Le numérique offre une connectivité massive, avec des milliards d’utilisateurs connectés dans le monde.
d) Nouveaux enjeux numériques
- La dépendance aux géants du numérique (GAFAM) engendre des risques de censure, manipulation algorithmique, et contrôle politique.
- Les perturbations récentes (bannissements de comptes, réductions de visibilité) ont montré la nécessité pour le mouvement de construire un réseau social autonome pour garantir son indépendance d’expression.
e) Les défis du numérique
- Même la sphère numérique dévoile ses limites et reproduit des codes sociaux conservateurs, avec parfois un décalage entre la virtualité et l’action concrète sur le terrain.
8. Sixième partie : Le mouvement dans la révolution citoyenne
a) Fonctions du mouvement
- Le mouvement agit comme lanceur d’alerte, éclaireur et soutien concret dans les luttes.
- Il relaie les causes des conflits, facilite la mobilisation, organise des collectes de soutien, et accompagne l’auto-organisation populaire.
b) Assemblées citoyennes
- Ces assemblées, base inhérente des révolutions citoyennes, incarnent la capacité populaire à décider et organiser la vie sociale.
- Elles permettent de franchir les phases successives de la révolution : instituante, destituante puis constituante.
c) Processus permanent
- La révolution citoyenne est comprise comme un processus long, complexe et graduel, qui traverse plusieurs phases d’intensité et d’extension des luttes.
d) Nourrir les transitions de phases
- Le mouvement joue un rôle actif dans l’aide au passage entre ces phases, alimentant le développement du rapport de force populaire.
e) Appropriation de l’histoire de l’émancipation
- Lutte contre le racisme et le sexisme sont des enjeux majeurs pour briser la division du peuple.
- Le mouvement s’appuie sur une mémoire collective positive des combats passés pour nourrir la dynamique révolutionnaire.
f) Stratégie d’unification populaire
- L’unification du peuple hétérogène suppose un programme fédérateur et une pédagogie active via l’action commune.
- La lutte contre la fragmentation sociale est un pilier central du projet politique.
9. Septième partie : l’organisation interne du mouvement
A) Principes du mouvement
- Adaptation permanente : Le mouvement se redéfinit continuellement en fonction de l’évolution sociale, des outils et de l’expérience.
- Consensus et non conflictualité interne : Le mouvement privilégie la cohésion sur le consensus pour agir efficacement, contrairement aux institutions fondées sur le conflit d’opinions.
- Méthode inclusive et fédérative : Refus du fractionnement et des courants permanents, la forme organisationnelle repose sur la fédération d’entités autonomes qui agissent collectivement sans s’effacer.
B) Fonctionnement concret
- Coordination des espaces : Une structure centrale coordonne les luttes sociales, les campagnes électorales, et l’éducation populaire, avec une parfaite parité hommes-femmes.
- Groupes d’action : Près de 5000 groupes locaux ou professionnels agréés permettent une action modulaire et ancrée dans les quartiers, lieux de travail, établissements scolaires.
- Boucles départementales : Outils numériques assurant la coordination politique locale, la prise de décision au consensus, et la cohérence dans le respect de l’autonomie des groupes.
- Programme et livrets thématiques : Compléments vivants du programme phare « L’Avenir en commun », les livrets assurent l’adaptation continue aux problématiques sociétales.
- Financement par dons : Pas de cotisations, mais financement principalement assuré par les dons individuels, libres et fléchés.
C) Au-delà du mouvement
- Le mouvement ne vise pas à se constituer en organisation rigide mais à favoriser l’auto-organisation sociale.
- Fonction polycentrique et horizontale : plusieurs centres d’activités, sans présidence ni direction autoritaire.
- Forme onde : Coordination fluide, propagation des consignes et actions en continu, imitant la dynamique d’une onde dans l’espace politique.
- Assemblées représentatives semestrielles favorisant la prise de décisions collectives sur la base du programme.
D) Interface intellectuelle et formation
- L’Institut La Boétie assure un lien entre réflexion théorique et pratique militante, avec une pédagogie renouvelée, moins dogmatique et plus adaptée.
- Forte politique d'inclusion sociale en formation : privilégier des profils jeunes, féminins, populaires, et issus de milieux divers.
- Une éducation populaire au cœur du mouvement pour favoriser une culture révolutionnaire vivante.
E) Individuation, mouvement et réseau
- Le mouvement prend en compte le phénomène d’individuation, où chaque membre se vit comme un sujet singulier connecté à des réseaux collectifs.
- La plateforme « Action Populaire » est un outil clé, permettant une inscription libre à des actions multiples, décentralisées, sans contraintes partisanes traditionnelles.
- L’organisation politique accompagne cette nouvelle forme sociale, conciliant singularité et connexion collective.
10. Conclusion
Osmose et effets d’ensemble
- Le mouvement vise une osmose entre le politique et le social, sans volonté de récupération ou d’hégémonie.
- Les militants se fondent dans les luttes populaires, partagent les engagements et expériences, dans un but d’auto-organisation accrue de la société.
- La cohérence entre programme, action et organisation est une force déterminante, assurant la pérennité du mouvement malgré les campagnes adverses.
La guerre du vocabulaire
- Le mouvement assume et valorise les campagnes d’opposition médiatique, les transformant en éducation populaire.
- Il a retourné les insultes et stigmatisations en force politique, s’appuyant sur un style de discours neuf, notamment féminisé.
- Combat continu contre le bloc idéologique de l’extrême droite et contre l’affaiblissement des centres politiques.
- Dédié aux milliers d’acteurs militants, le texte appelle à poursuivre l’effort collectif, conscient des marges d’amélioration possibles.
Synthèse
Les premiers chapitres du texte dressent un panorama complet allant de la fondation intellectuelle du mouvement Insoumis à la critique historique radicale du mouvement ouvrier et de la gauche traditionnelle, pour arriver à la définition claire d’un nouvel acteur social et politique contemporain — le peuple — et à la construction d’une organisation nouvelle adaptée aux mutations du XXIᵉ siècle : la forme mouvement, articulée autour d’une forte auto-organisation militante, appuyée sur les outils numériques et visant la révolution citoyenne, réelle et participative.
Les parties 5 à 7 et la conclusion dressent un portrait complet du fonctionnement concret, intellectuel et stratégique du mouvement France insoumise. Elles mettent en lumière l’importance primordiale des moyens numériques et matériels dans la transformation de l’action politique, l’organisation horizontale et fédérative adaptée aux nouvelles réalités sociales, la participation massive aux luttes populaires et l’éducation permanente comme socles de la révolution citoyenne contemporaine. Enfin, elles affirment la capacité d’un mouvement structuré mais souple à incarner une transformation politique et sociale profonde face à un système oligarchique.
