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« La nouvelle géopolitique – La France, l’Europe et le monde »
Jean-Luc Mélenchon est intervenu pour introduire le colloque « La nouvelle géopolitique – la France, l’Europe et le monde » de l'Institut La Boétie, le 27 juin 2026.
Résumé de l'intervention
- Cette prise de parole offre une réflexion approfondie sur l'état actuel du monde à l’aune des évolutions économiques, géopolitiques, sociales, technologiques et écologiques.
- JL Mélenchon présente une analyse historique et contemporaine, mettant en lumière la nécessité d’un monde organisé, ordonné et fondé sur la souveraineté, le droit international et la coopération.
- Il dénonce avec précision les impasses de l’ordre mondial actuel centré sur l’hégémonie nord-américaine et expose une feuille de route stratégique pour la France, dont l’enjeu principal serait de retrouver son indépendance dans un contexte numérisé et multipolaire.
1. Contexte historique et économique
- Le système international actuel résulte d’une dynamique amorcée après la Seconde Guerre mondiale, fondée sur la domination économique et géopolitique étatsunienne, renforcée notamment par la suprématie du dollar.
- 1971 : rupture décisive par les États-Unis avec la convertibilité du dollar en or, entraînant un privilège monétaire inédit (impression illimitée de monnaie).
- L’alliance stratégique USA-Chine née en 1972 (via la diplomatie du ping-pong et la rencontre Nixon-Mao) permit la délocalisation industrielle américaine, tout en garantissant un système d’accumulation du capital chinois via des bons du Trésor.
- Accord du Plaza en 1974 : stabilisation du dollar par rapport à un panier de devises (principe « c’est notre monnaie, c’est votre problème »).
- Progressivement, ce système a généré une sphère financière autonome et devenue dominante, jusqu’à provoquer des crises économiques cycliques majeures comme celle de 2008, déclenchée par une crise hypothécaire aux États-Unis.
- Une nouvelle crise apparaît liée à l’explosion de la bulle autour des entreprises d’intelligence artificielle, laissant présager un effondrement économique récurrent, toujours plus puissant.
Notions clés :
- Dominance du dollar basée sur le pétrole (petrodollars)
- Transition d’un capitalisme productif à un capitalisme financiarisé incontrôlé
- Crises financières cycliques croissantes
2. Montée en puissance de la Chine et conséquences géopolitiques
- La Chine, considérée comme la première civilisation économique du XIXe siècle, a su se développer technologiquement et industriellement dès les années 2000, devenant la première puissance manufacturière mondiale autour de 2010.
- Ce changement a déplacé le centre de gravité économique mondial vers l’Asie-Pacifique, représentant environ 60 % du PIB mondial et 60-70 % de la population mondiale.
- Les responsables américains introduisent alors le concept de pivot stratégique vers l’Asie-Pacifique, avec une reconnaissance de l’absence de solution marchande à la compétition avec la Chine.
- L’effondrement de l’URSS a laissé place à une hégémonie américaine contestée et à une montée simultanée de la Russie et de la Chine comme pôles indépendants.
- Cette situation conduit à une série de conflits, d’encerclement et d’interventions armées, créant un climat mondial instable.
Notions clés :
- Premier déplacement économique global vers l’Asie-Pacifique
- Impérialisme américain contesté
- Augmentation des tensions internationales
3. Polarisation sociale et crise des classes moyennes
- Une polarisation extrême de la richesse dans le monde s’est accentuée depuis plusieurs décennies où 56 000 individus possèdent autant que 2,8 milliards d’humains.
- Ce phénomène est lié à l’adoption mondiale de la politique dite ordolibérale, consistant en une dérégulation économique avec retrait progressif de l’État.
- Cette inégalité et ce déséquilibre ont provoqué la chute du projet de moyennisation sociale, qui soutenait l’équilibre des sociétés occidentales.
- De nombreux pays émergents, notamment ceux en construction étatique, ont été affectés par des politiques d’ajustement structurel aggravant leur instabilité.
4. Afghanistan : symbole des guerres d’occupation infructueuses
- L’Afghanistan est évoqué comme un exemple historique où les tentatives d’occupation par la Russie, puis par les États-Unis, ont échoué en raison de la résistance locale.
- Cela a déclenché des effondrements majeurs (URSS puis brutal retrait américain en 2021), sans véritable stabilisation dans la région.
- Ces échecs illustrent les limites des interventions militaires conventionnelles et du modèle impérialiste occidental.
5. Vers un monde ordonné plutôt que multipolaire
- Le concept de monde multipolaire - souvent évoqué dans les débats internationaux - est rejeté par l’orateur en faveur d’un monde ordonné, condition nécessaire pour éviter les confrontations et guerres inévitables liées à la multiplication des pôles de puissance.
- Ce monde ordonné doit être unifiant et s’appuyer sur le droit international, désormais perçu non plus comme un simple reflet du droit bourgeois impérialiste, mais comme la base d’une régulation incontournable entre nations.
- Le droit international, même imparfait, doit être perfectionné et considéré comme la seule alternative à la violence directe.
6. Enjeux écologiques et humanité universelle
- Le lien entre l’économie, la géopolitique et la crise écologique est souligné, notamment à travers la dépendance mondiale au pétrole et les conséquences globales du changement climatique.
- Une humanité universelle est définie comme communauté transcendant les nations, unie par la défense d’intérêts communs liés aux biens communs comme l’eau, la terre, l’air et le droit à la vie dans un environnement stable.
- Cette centralité écologique entraîne une redéfinition nécessaire des politiques nationales et internationales au service d’une gestion durable des biens communs.
7. Critique des alliances militaires existantes et appel à un non-alignement coopératif
- Le texte critique les organisations militaires comme l’OTAN et les alliances militaires bilatérales ou multilatérales héritées de la guerre froide, qui sont qualifiées de facteurs de tensions et de risques de guerre mondiale.
- JLM propose un non-alignement structurel de la politique étrangère française reposant sur :
- La sortie des structures militaires sous commandement US (OTAN).
- Le maintien des obligations de défense mutuelle au sein de l’Union européenne.
- La volonté de négocier des garanties mutuelles avec la Russie, notamment sur la base d’un respect des frontières et d’accords démocratiquement validés par les populations concernées.
- Le désarmement nucléaire, en particulier au Moyen-Orient, avec l’évocation explicite des installations atomiques israéliennes.
8. Stratégie diplomatique française et coopération avec la Chine
- La France devrait développer une stratégie de coopération renforcée avec la Chine, sans idéologisation des relations, ni rupture systématique, dans la perspective d’éviter la guerre et de construire un ordre mondial viable.
- Cette coopération doit s’appuyer sur la reconnaissance d’intérêts communs et s’inscrire dans une politique réaliste et pragmatique, dépassant les antagonismes passés.
9. Stratégie des causes communes : espaces prioritaires
- Une politique globale française s’organiserait autour des causes communes, identifiées à quatre grandes frontières de l’humanité :
| Frontières / Domaines | Justifications principales |
|---|---|
| Espace | Zone stratégique clé, quasi vide de droit, nécessite adhésion au traité sur la Lune et souveraineté spatiale |
| Mer | Zone écologique fragile, exemple : Méditerranée polluée et réchauffée accélérant la dégradation écologique |
| Numérique | Contrôle des infrastructures numériques pour garantir souveraineté et autonomie face à la domination US et chinoise |
| Santé publique | La survie de l’espèce humaine dépend de la maîtrise sanitaire globale dans un monde écologiquement menacé |
* La francophonie est mise en avant comme espace prioritaire de coopération culturelle et politique, débarrassée de l’esprit colonial, en appui particulier sur la jeunesse intellectuelle d’Afrique francophone.
- L’« union latine » historique (interrompue en 1995) pourrait aussi être réactivée dans cette logique.
10. Urgences écologiques européennes et françaises
- La Méditerranée, enfermée avec un renouvellement d’eau prenant environ 100 ans, connaît une pollution accrue liée aux conflits en Ukraine et à la surchauffe des fleuves qui y débouchent.
- Effets négatifs : raréfaction de l’oxygène, dégradation de la biodiversité marine.
- Le réchauffement rapide de l’Europe, dû notamment à la fonte accélérée des calottes glaciaires, intensifie les canicules, comme récemment observé.
- Ces phénomènes soulignent l’urgence d’une gestion commune régionale et internationale.
11. Redéfinition de la puissance française
- La puissance ne doit plus se mesurer par la force militaire classique (porte-avions, armées conventionnelles), mais par la puissance intellectuelle, technologique et la maîtrise des nouvelles frontières :
- L’espace
- La mer
- La noosphère (globalisation numérique)
- La France a raté à ce jour certains traités cruciaux, par exemple sur le droit spatial (traité sur la Lune). Le groupe parlementaire insoumis a proposé d’y remédier.
- Il est essentiel de développer les infrastructures numériques nationales pour sortir de la dépendance américaine, notamment face aux restrictions arbitraires imposées (ex : blocage d’Anthropic par Washington).
- Le contournement de la puissance américaine par des alliances alternatives (comme historiquement avec François 1er et les Ottomans) est jugé nécessaire et réalisable.
12. Investissements industriels stratégiques recommandés
- Pour réussir la transition énergétique et industrielle, il faut :
- Nationaliser des capacités industrielles telles que l’entreprise Mital (aciers spéciaux).
- Relancer les fonderies françaises modernes (Gandrange, Florange) pour fournir le matériel permettant la production d’énergies renouvelables marines (hydroliennes, énergie marine).
- Trouver des alternatives aux batteries lithium (ex : batteries au sodium) pour véhicules électriques et réindustrialiser le réseau ferroviaire pour des trains performants, non-polluants et confortables.
- La puissance technologique doit être prioritaire sur la puissance militaire.
13. Conscience historique et politique d’indépendance
- La mémoire historique rappelle que la France a toujours cherché à préserver son indépendance vis-à-vis des empires dominants, notamment face aux États-Unis.
- L’indépendance nationale est essentielle à la souveraineté populaire, condition sine qua non à une démocratie réelle.
- La domination américaine actuelle est acceptée par naïveté ou soumission, mais il est impératif d’en sortir.
- Le combat politique à mener est celui de la maîtrise intellectuelle et technologique, notamment numérique, pour restaurer l’autonomie stratégique française.
Tableau synthétique des grandes étapes historiques évoquées
| Année/Événement | Faits clés |
|---|---|
| 1945 (Après-guerre) | Organisation du monde dominé par les États-Unis |
| 1971 | Fin de la convertibilité du dollar en or |
| 1972 | Alliance Nixon-Mao via diplomatie du ping-pong |
| 1974 | Accord du Plaza : dollar indexé sur un panier de devises |
| 2008 | Crise financière globale fabriquée aux USA |
| 2010 | La Chine devient 1ère puissance manufacturière |
| 2011 | Concept américain de “pivot” vers l’Asie-Pacifique |
| 1990s | Effondrement de l’URSS, remodelage géopolitique |
| 2021 | Retrait américain d’Afghanistan, chaos régional |
Conclusion
- L’ordre mondial actuel est en crise terminale, marqué par la fin de l’hégémonie américaine fondée sur un modèle financier et militaire dépassé.
- Il faut un monde ordonné, fondé sur le droit international et non un monde multipolaire source de conflits.
- La coopération notamment avec la Chine, dans une logique de non-alignement, est une condition pragmatique et nécessaire d’une nouvelle stratégie internationale française.
- La maîtrise des nouveaux territoires de la puissance (numérique, espace, mer) doit devenir la priorité.
- La France doit impérativement retrouver son indépendance et souveraineté politique, économique et technologique.
- La gestion de l’urgence écologique globale et la défense des biens communs doivent être la pierre angulaire des politiques nationales et internationales.
Ce propos constitue une base stratégique cohérente articulant historique, politique, écologique et technologique, destinée à repenser la place de la France et plus largement de l’humanité dans un monde en mutation profonde.
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