Table des matières

Résumé de l'entretien avec Jean-Luc Mélenchon sur la politique internationale et les enjeux géopolitiques

Présentation

Jean-Luc Mélenchon est intervenu sur LCI à l'occasion d'une interview sur l'international, le 8 mai 2026 ; il est interrogé par Anne-Claire Coudray. Candidat à l’élection présidentielle de 2027, il détaille dans cet entretien sa vision et son programme pour la politique étrangère de la France, avec un accent sur les grands dossiers internationaux actuels : Iran, Moyen-Orient, Russie-Ukraine, Chine, Algérie, ainsi que les questions de défense et d’économie intérieure liées à la géopolitique. Il s’appuie sur une ligne claire de non-alignement, de défense des intérêts français, de respect du droit international, et une forte volonté d’indépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN.


1. Gestion du conflit au Moyen-Orient et la question iranienne

Jean-Luc Mélenchon (JLM) aborde d’abord la situation complexe autour de l’Iran, pointant la violation du droit international par les États-Unis et Israël, qui attaquent l’Iran sans mandat international. Il condamne fermement cette intervention unilatérale, soulignant que la France, puissance moyenne, ne peut accepter la loi du plus fort. Selon lui, Israël mène une guerre d’influence régionale tandis que les États-Unis poursuivent une stratégie globale contre la Chine, ce qui alimente un conflit à fort enjeu mondial.

Concernant l’envoi du porte-avions Charles de Gaulle dans la région, Mélenchon qualifie cette action de « gesticulation » politique et plaide pour une prudence extrême, car la France ne peut se permettre d’engager ses forces dans une zone de combat aussi dangereuse sans coalition solide. Il propose plutôt d’interdire le survol de l’espace aérien français par les Américains, en coordination avec les pays d’Europe du Sud, afin de limiter l’influence américaine dans cette zone.

Mélenchon affirme qu’il arrêterait toute coalition internationale dans la région si elle devait être menée sous l’égide américaine et soutient une politique européenne indépendante, avec un « front du refus » regroupant notamment l’Espagne, des pays d’Amérique latine et d’Asie, qui s’opposeraient à la stratégie américaine et israélienne.

Sur la question du nucléaire iranien, il réaffirme son opposition ferme à la prolifération nucléaire, dénonçant l’hypocrisie des États-Unis qui tolèrent certains pays nucléarisés mais condamnent l’Iran. Il défend le retour à l’accord nucléaire initial, validé par l’Agence internationale de l’énergie atomique, et critique l’abandon de cet accord par l’administration Trump. Pour lui, la diplomatie doit primer et l’armement militaire ne doit pas servir à imposer des changements de régime.

2. Position vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN

Mélenchon défend une politique de non-alignement vis-à-vis des États-Unis. Il refuse de considérer Donald Trump comme un ennemi mais souligne la nécessité de mettre à distance la structure militaire américaine, notamment en quittant le commandement intégré de l’OTAN et en se désengageant des systèmes militaires et informatiques américains. Selon lui, la France doit être indépendante dans ses capacités de défense.

Il remet en question la crédibilité de la protection américaine en Europe en cas de conflit, insistant sur la capacité de la France et de l’Union européenne à assurer leur propre défense, notamment grâce à la dissuasion nucléaire française. Il précise que la doctrine française reste celle de la riposte nucléaire en cas d’attaque sur le territoire européen, ce qui demeure un élément central de la sécurité nationale.

3. La Russie et la guerre en Ukraine

J-L Mélenchon propose un retour au dialogue avec la Russie, qu’il considère comme un partenaire à réintégrer dans la famille européenne. Il condamne l’invasion russe de l’Ukraine tout en soulignant que la guerre est un échec pour toutes les parties. Son objectif est une négociation sérieuse fondée sur des garanties mutuelles de sécurité, comprenant le retrait total des troupes russes d’Ukraine.

Il rejette l’escalade militaire et s’oppose à toute fourniture d’armes nucléaires à l’Ukraine, insistant sur la nécessité d’éviter une guerre généralisée. Pour lui, la paix passe par des compromis, notamment la reconnaissance des intérêts légitimes des populations russophones, via un processus démocratique tel qu’un référendum.

Mélenchon dénonce également les actions américaines, comme le sabotage du gazoduc Nord Stream, qu’il interprète comme une stratégie pour augmenter la dépendance européenne au gaz américain. Il appelle à sortir de la « civilisation du pétrole » afin de réduire les tensions géopolitiques liées aux ressources énergétiques.

4. Relations avec la Chine et la question de Taïwan

Mélenchon défend une coopération privilégiée avec la Chine, soulignant le développement spectaculaire du pays et sa puissance économique et technologique. Il rappelle la tradition française du non-alignement et de la reconnaissance officielle de la République populaire de Chine depuis 1964.

Il affirme que la Chine est une dictature, tout comme d’autres régimes autoritaires dans le monde, y compris certains alliés occidentaux, et que la France doit adopter une position pragmatique, fondée sur l’indépendance nationale. Concernant Taïwan, il affirme clairement que Taïwan fait partie de la Chine et refuse tout soutien militaire français en cas de conflit. Il appelle au dialogue pour éviter une escalade militaire, sans pour autant s’opposer ouvertement à une éventuelle action chinoise.

5. Afrique, Algérie et politique méditerranéenne

Mélenchon se prononce en faveur d’un dialogue apaisé avec l’Algérie, rejetant les tensions alimentées par les nostalgiques de la guerre d’Algérie. Il appelle à une coopération renforcée avec les pays du « petit bassin méditerranéen » (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye) ainsi qu’avec les pays européens riverains, notamment pour faire face aux enjeux environnementaux critiques comme la « tropisation » de la Méditerranée et les incendies.

Il propose de valoriser la francophonie en lui donnant une direction africaine, mettant en avant la force démographique et culturelle de l’Afrique francophone pour la France. Il critique la politique actuelle jugée « néocoloniale » et appelle à un partenariat respectueux et coopératif.

6. Énergie, pouvoir d’achat et superprofits

Sur la crise énergétique, Mélenchon dénonce les profits records réalisés par des groupes comme Total, qu’il accuse de privilégier les actionnaires au détriment de l’intérêt national. Il appelle à taxer les superprofits réalisés en période de crise et à plafonner les prix du carburant, notamment à 1,99 € le litre.

Il critique la privatisation de Total, qu’il considère comme une erreur stratégique, et appelle à un contrôle étatique renforcé pour protéger les Français, notamment les plus modestes, des effets de la hausse des prix. Il évoque également la nécessité de réquisitionner en cas de pénurie et de coordonner une politique européenne pour mettre fin à cette situation.

7. Préparation militaire et défense

Mélenchon critique la conception actuelle du budget militaire français, notamment le projet de 36 milliards d’euros voté par certains. Il considère que la prochaine guerre ne sera pas conventionnelle (chars, ponts roulants) mais se jouera dans les domaines du spatial, des télécommunications et du numérique.

Il plaide pour une armée adaptée à ces nouveaux enjeux, avec des moyens ciblés et une gestion rigoureuse, tout en restant pacifique mais pas pacifiste. Il s’oppose au maintien dans l’OTAN, qu’il considère comme une « tutelle nord-américaine » incompatible avec la souveraineté française.

8. Vie politique intérieure et perspectives électorales

Mélenchon évoque brièvement la situation politique intérieure, soulignant la nécessité d’une gauche unie incluant écologistes et communistes. Il critique la division du Parti socialiste et envisage un gouvernement stable composé de personnalités politiques fiables et cohérentes.

Il considère Marine Le Pen comme son principal adversaire politique, notamment parce qu’elle incarne, selon lui, une menace pour la France fondée sur le nationalisme et le racisme, alors que lui défend un projet républicain et social.

Conclusion et prochaines étapes

Jean-Luc Mélenchon propose une politique étrangère fondée sur la souveraineté nationale, le respect du droit international, la non-ingérence militaire, la coopération internationale pragmatique et la paix. Il plaide pour une sortie progressive de l’OTAN, une politique de défense autonome adaptée aux enjeux du XXIe siècle, et des relations équilibrées avec les grandes puissances mondiales (Chine, Russie).

Sur les dossiers régionaux, il condamne l’interventionnisme américain et israélien au Moyen-Orient, prône un dialogue apaisé avec l’Algérie et une coopération renforcée en Méditerranée, et défend une gestion responsable de la crise énergétique par la taxation des superprofits et la régulation des prix.

Son discours est empreint de réalisme politique, appelant à des alliances solides en Europe et dans le monde multipolaire, tout en défendant la souveraineté française et les intérêts des citoyens face aux grandes puissances et aux multinationales.

Tableau récapitulatif thématique

Thème Position clé de Mélenchon Observations complémentaires
Iran et Golfe Opposition à intervention américano-israélienne sans mandat, retour à accord nucléaire Soutien à la diplomatie, refus d’intervention militaire directe
OTAN et défense européenne Sortie du commandement intégré, indépendance militaire, maintien dissuasion nucléaire Critique de la dépendance aux USA, refus d’illusion sur protection américaine
Russie-Ukraine Soutien à l’Ukraine sans escalade, négociation sérieuse, retour de la Russie en Europe Oppose l’extension des hostilités, prône la paix
Chine Coopération privilégiée, respect du principe non-alignement, reconnaissance d’une seule Chine Rejet du manichéisme, soutien au dialogue et à la paix
Algérie et Afrique Dialogue respectueux, fin du néocolonialisme, coopération méditerranéenne et francophonie Critique la politique Macron, propose coopération culturelle et éducative
Crise énergétique et économie Taxation des superprofits, plafonnement des prix, réquisition possible, justice sociale Critique la privatisation et la gestion des entreprises énergétiques
Organisation politique Gouvernement stable avec alliances à gauche, exclusion socialistes, affrontement RN Souligne la nécessité d’une gauche unie et responsable